Lors de son premier mandat, Donald Trump pouvait encore être présenté comme une anomalie de l’histoire, une provocation permanente dont on espérait qu’elle serait canalisée par le poids des institutions. Un an après son retour au pouvoir, il n’y a plus d’ambiguïté, plus d’illusion. Le trumpisme s’est dévoilé au grand jour.

Ce que nous vivons confirme tragiquement ce que de nombreux démocrates européens annonçaient depuis des années : Trump n’a jamais caché son plan de renverser la démocratie. Pour lui, la brutalité est une méthode, l’Etat de droit est un obstacle.

Un effacement de la démocratie américaine de l’intérieur

Sur le plan intérieur, l’administration Trump démantèle l’Etat fédéral pour mieux s’en emparer. Les agences sont démantelées, les hauts fonctionnaires renvoyés. L’éducation publique et la recherche sont ciblées : les financements des universités conditionnés, les programmes réécrits. Ceux de diversité, d’équité et d’inclusion et les politiques de lutte contre les discriminations sont censurés. Les inégalités explosent, la solidarité recule. 

L’autoritarisme commence par la destruction du sens, du réel, et par la fabrication d’une post-vérité à laquelle il devient dangereux de s’opposer. Le trumpisme légitime la violence d’État : les morts de citoyens américains – souvent d’origine étrangère – lors d’opérations policières sont justifiées au nom de l’ordre et de la sécurité. Le pouvoir hiérarchise les vies. 

Trump ne se contente pas de concentrer le pouvoir, il organise son enrichissement personnel. La confusion entre intérêts publics et intérêts personnels est devenue une méthode de gouvernement.

Un renversement des rapports de pouvoir

Sur le plan extérieur, une bascule fondamentale s’est opérée : la défense et la dissuasion ont cédé la place à une logique d’offensives extraterritoriales, sans mandat et sans contrôle démocratique. La force devient un mode de gouvernement, un levier politique, économique et symbolique. Elle domine le droit.  

La militarisation du pouvoir se prolonge dans une guerre économique assumée, dont les droits de douane sont devenus le principal instrument. Sous couvert de protection des travailleurs américains, ils constituent en réalité une arme de coercition massive visant à soumettre partenaires comme concurrents. Pour Trump, le droit international n’existe plus et les alliances ne doivent servir que la domination de la puissance américaine. 

En Ukraine, au Vénézuela, au Groenland, les Etats-Unis dirigent leur politique étrangère en fonction de leurs seuls intérêts économiques et sécuritaires. L’enlèvement du président Nicolás Maduro, mené sans mandat international et sans l’aval du Congrès, marque une rupture historique. Les menaces d’invasion du Groenland, relevant de la souveraineté du Danemark, membre de l’OTAN, remettent en cause la nature même de l’Alliance atlantique. C’est le retour de la doctrine Monroe dans sa version la plus brutale : l’hémisphère occidental est traité comme un espace de domination américaine.

L’Europe est confrontée à un tournant de son histoire. Lorsque la démocratie est attaquée de l’extérieur et minée de l’intérieur, la neutralité devient une abdication. 

Place publique appelle l’Union européenne à assumer un rapport de force démocratique total : politique, économique et culturel. Soit l’Europe devient une puissance démocratique consciente de ses responsabilités, soit elle accepte sa vassalisation et son effacement.

Comme l’a écrit Stefan Zweig, les démocraties ne meurent pas d’un coup, elles meurent lorsque les sociétés s’habituent à l’inacceptable, lorsque l’on renonce à nommer ce que l’on voit.

A Place publique, nous voulons :

  • Porter une loi « Acheter européen » (un “Buy European Act”) dans les institutions européennes pour prioriser les productions européennes dans les marchés publics.
  • Sortir de la dépendance aux Big Tech américaines en créant une grande Agence industrielle du numérique et de l’I.A., avec un budget financé par France 2030, la BPI et une hausse ciblée de la taxe GAFAM.
  • Oeuvrer à la mise en place rapide d’un fonds européen de défense de 500 milliards d’euros via un emprunt commun. Ce fonds permettra d’investir massivement dans nos capacités industrielles, réservant les investissements européens aux productions européennes (EDIP).

Nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard.
L’Europe doit se réveiller pour protéger la démocratie.

20 janvier 2026 | Place Publique