Tous les jours, des milliers de parents inquiets pour la santé mentale de leur enfant tentent en vain de leur ouvrir l’accès à des soins spécialisés : les troubles psychiques touchent une personne sur trois au cours de la vie, mais c’est entre 15 et 25 ans qu’ils surviennent en majorité. Sur 1,6 millions d’enfants et d’adolescents ayant besoin de soins psychologiques et psychiatriques, seule la moitié en bénéficie. Le système psychiatrique français souffre d’un sous-effectif chronique, d’un sous-financement, d’une inadaptation structurelle face à la montée des besoins, et d’une répartition territoriale inégalitaire. Huit départements français n’ont aucun lit d’hospitalisation psychiatrique dédié aux mineurs. Selon la Cour des Comptes, il y a trois fois moins de lits dédiés à la pédopsychiatrie en France qu’en Allemagne. Dans les grandes agglomérations, les rendez-vous avec des praticiens libéraux ne sont souvent pas accessibles aux français les plus modestes, et les centres de soins publics sont saturés de demandes.

L’altération de la santé mentale des jeunes n’est pas une affaire privée car elle n’est aucunement une “faiblesse” qui frapperait les uns et épargnerait les autres. C’est un phénomène de grande ampleur qui touche toutes les familles, de nos quartiers et de nos bourgs, de toutes les classes sociales et dont la prise en compte engage le pays tout entier. En somme, cela dit quelque chose de notre société : de ce qui s’y joue, de ceux qu’elle abime, et de notre capacité ou incapacité à protéger notre jeunesse. En cela, la santé mentale des jeunes ne peut pas être renvoyée à la seule responsabilité des familles mais exige une réponse des politiques publiques à la hauteur des enjeux.

Pourtant bien que la santé mentale ait été élevée au rang de grande cause nationale, elle demeure le parent pauvre des politiques publiques.

C’est un drame, d’abord pour ces jeunes et leurs familles : l’absence de prise en charge précoce peut entraîner des conséquences lourdes, comme l’échec scolaire, l’isolement, les conduites addictives, voire un passage à l’acte suicidaire. Toutes les semaines, un suicide d’enfant, d’adolescent ou de jeune adulte vient endeuiller une famille.

C’est un échec ensuite pour les soignants : ceux de la pédopsychiatrie, des CMP, des urgences, du médico-social et pour tous les professionnels de première ligne qui travaillent à flux tendu, dans des équipes fragilisées avec des moyens insuffisants. Trop souvent, ils sont contraints de gérer l’urgence, de sécuriser une situation, de prévenir un passage à l’acte sans pouvoir assurer ce qui fait la qualité du soin : le temps, l’accompagnement dans la continuité, le lien avec la famille et l’école, la coordination entre les structures. A force de devoir choisir ce qui sera vu en priorité, de renvoyer faute de place, de voir revenir les mêmes jeunes parce qu’aucun relais n’est possible, leur métier se heurte à ses limites. Le sentiment d’impuissance s’installe, l’épuisement gagne, la vocation se fissure, et la colère grandit lorsque l’on se retrouve à soutenir, presque seuls, ce que l’État refuse encore d’assumer.

Pourtant une autre approche est possible et elle est à notre portée. A Place publique, notre engagement pour la justice sociale et notre volonté de protéger l’avenir de notre jeunesse nous conduisent à proposer un plan d’investissement massif pour préserver la santé mentale des enfants et des adolescents. Un plan simple, lisible et opérationnel fondé sur un triptyque : repérer tôt, orienter vite et accompagner mieux.

Repérer tôt, c’est d’abord aider les enfants, les parents et les professionnels de l’éducation à détecter qu’il y a un problème le plus tôt possible : nous introduirons dans les programmes scolaires du cours préparatoire au lycée des contenus dédiés à la santé mentale pour déstigmatiser la souffrance psychique et faire de la demande d’aide un geste ordinaire, et nous formerons tous les professionnels de l’enfance, de l’éducation et du soin au repérage précoce des troubles psychiques. Nous mettrons en place un dépistage universel des troubles psychiatriques et addictologiques par des consultations gratuites à 16 et 20 ans. Enfin, nous créerons 100 équipes mobiles pluridisciplinaires pour aller vers les jeunes éloignées du système scolaire et sanitaire.

Orienter vite, c’est ne plus laisser les enfants et leur parents seuls face à la crise. Nous créerons 1000 places supplémentaires en pédopsychiatrie dans 100 unités de crise qui permettront d’orienter vite les jeunes en souffrance, dans les cas les plus sévères comme après une tentative de suicide. Ces unités seront préférentiellement déployées dans les zones sous-dotées. Accompagner mieux, c’est renforcer les moyens des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) et infanto-juvéniles (CMPIJ) pour. Nous associerons public, privé sous convention et médico-social par des contrats territoriaux à obligations de service afin que tous prennent part à la permanence des soins.

Ces mesures sont un investissement. Nous l’assumons. Elles nécessitent une volonté politique forte. Nous la portons. Elles sont totalement soutenables sur le plan économique à condition qu’un véritable travail sur les recettes de la sécurité sociale soit effectué sans tabou : rappelons que le coût des maladies psychiatriques en France est estimé à 126 milliards d’euros, et que pour un euro investi dans la prévention, c’est 2 à 7 euros qui sont économisés à long terme.

Place publique se bat pour l’avenir des Français. Prendre soin de nos enfants et faire de leur santé mentale une priorité, c’est assurer le futur de notre nation.

Co-auteurs :

  • Bernard Jomier

Sénateur de Paris (Place publique), vice-président dela commission des affaires sociales.

  • Lila Boudma

Co-référente du Comité Thématique Nationale santé de Place publique et Professeur des universités – praticien hospitalier (PU-PH).

  • Matthieu Gasnier

Référent du groupe prévention, promotion de la santé et santé mentale à Place publique et psychiatre.

5 avril 2026 | Place Publique