Pendant que l’escalade militaire en Iran et au Liban mobilise l’attention de la communauté
internationale, la colonisation et les violences des colons israéliens s’intensifient en
Cisjordanie. Face à cette fuite en avant, la France et l’Union européenne ne peuvent plus se
contenter de déclarations : nous devons utiliser notre poids diplomatique et économique pour
défendre les droits du peuple palestinien.

Le Moyen-Orient s’embrase. La guerre d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran s’étend au
Liban et la région se rapproche d’un conflit généralisé.
Mais pendant que l’attention du monde se concentre sur ces fronts militaires, une autre réalité
s’installe dans un silence atterrant : l’annexion progressive de la Cisjordanie, qui s’accélère
depuis quelques semaines.
Dans le village de Khirbet Abou Falah, une attaque menée dans la nuit du 7 au 8 mars par des
colons armés a tué deux personnes par balles et un autre mort après l’usage de gaz
lacrymogènes par l’armée. Samedi, un homme de 28 ans a été tué près d’Hébron. Lundi, deux
frères ont également perdu la vie sous les tirs de colons armés à Qaryout. Cette violence
s’inscrit dans une escalade d’attaques de colons avec la coopération accrue de l’armée
israélienne en Cisjordanie.
En effet, le gouvernement israélien progresse par une stratégie de fait accompli, soutenant les
violences des colons qui prospèrent dans un climat d’impunité. Alors que l’attention
internationale est portée sur les frappes en Iran et au Liban, la coalition de Benyamin
Netanyahou assume ouvertement sa volonté d’étendre les colonies et de rendre
impossible la création d’un État palestinien viable.
Sur le terrain, la stratégie du gouvernement, s’appuyant sur des figures de l’extrême droite
coloniale comme Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, se traduit par une multiplication des
attaques contre les villes et territoires palestiniens. Maisons incendiées, terres agricoles
détruites, familles contraintes de partir et remplacées par des colons dans des quartiers
construits à cet effet reliés au territoire isrraélien par des routes sécurisées ou réservées : c’est
une colonisation à marche forcée qui s’opère . À mesure que ces violences s’installent, une
nouvelle réalité territoriale se construit, rendant chaque jour plus improbable toute solution
politique et l’émergence d’un État palestinien aux côtés d’Israël
Aujourd’hui, on compte plus de 400 000 colons en Cisjordanie (hors Jérusalem-Est) et
environ 700 000 en incluant Jérusalem-Est – demeurant dans plus de 156 colonies et plus
de 250 avant-postes répartis en Cisjordanie.
Le gouvernement israélien s’appuie sur plusieurs leviers juridiques pour étendre cette
colonisation : reclassement de terres palestiniennes comme propriété d’État, expropriations
militaires, restrictions d’accès en zone C (60% de la Cisjordanie). En Cisjordanie, les permis
de construire sont contrôlés par Israël ; les constructions non autorisées sont détruites par
l’armée, alors que le gouvernement finance directement la colonisation.
Cette fuite en avant mortifère enferme Israël dans une logique de confrontation permanente.
Elle fragilise la démocratie israélienne, alimente les problématiques régionales et éloigne
chaque jour un peu plus la perspective d’une paix durable.
La France et l’Union européenne ne peuvent plus se contenter de déclarations prudentes
et de condamnations jamais suivies d’effet.
Premier partenaire économique d’Israël, l’UE dispose de leviers importants . Si elle veut
défendre le droit international, elle doit le faire partout, sans exception et sans frilosité.
Cela suppose de:

  • conditionner la coopération avec Israël au respect du droit international et suspendre
    l’accord d’association entre l’UE et Israël.
  • sanctionner les acteurs impliqués dans la colonisation illégale des Territoires palestiniens.
  • soutenir la liberté de la presse et les organisations indépendantes, en Israël et en Palestine.
  • agir diplomatiquement pour préserver la perspective d’une solution politique fondée
    sur deux États.
    Alors que l’annexion des Territoires palestiniens et la violence coloniale s’installent dans
    l’impunité, la France et l’Europe doivent choisir : se détourner de leurs responsabilités ou peser réellement.
    S’opposer à la colonisation israélienne est un devoir politique et humanitaire.
    Pour cela, il faut actionner tous les leviers dont nous disposons afin de rétablir le respect du droit international et mettre fin à la fuite en avant guerrière et colonisatrice du gouvernement israélien.
18 mars 2026 | Place Publique