Loi d'urgence pour la souveraineté agricole et alimentaire : une fausse réponse aux défis agricoles et climatiques

Loi d'urgence pour la souveraineté agricole et alimentaire : une fausse réponse aux défis agricoles et climatiques

29 juin 2026

Depuis des mois, le monde agricole est en ébullition et face à la crise, le gouvernement dégaine une « loi d’urgence pour la souveraineté agricole et alimentaire ». 

Le projet de loi, adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 8 avril, puis approuvé par la commission des affaires économiques du Sénat, sera examiné en séance publique à partir du 29 juin. Sur le papier, le récit de défendre à tout prix le modèle productiviste français et d’accélérer les projets dits « stratégiques » est séduisant. Mais derrière les slogans, la réalité est toute autre. Ce qui se profile est un texte qui fragilise des protections environnementales et démocratiques durement acquises. 

Simplification ou démantèlement ? Ici, les mots « simplification » et « efficacité » cachent une véritable régression des garde-fous environnementaux : méga-bassines, élevages intensifs, et autres infrastructures hydrauliques lourdes voient leur chemin facilité par un allègement massif des consultations publiques et des recours possibles. Le projet de loi révèle aussi une conception obsolète de la « souveraineté » et interroge quant à sa compatibilité avec des objectifs de préservation de l’eau. 

Maintenir à tout prix un modèle intensif, gourmand de cette ressource et dépendant d'infrastructures lourdes révèle une vision de l’agriculture figée dans le passé. Alors que les sécheresses s'enchaînent et que le dérèglement climatique s'accélère, le gouvernement répond par davantage de stockage et d'irrigation, tournant délibérément le dos à une transition vers une agriculture résiliente et agroécologique. 

Nous le disons sans détour : l'eau, ressource plus précieuse et menacée que jamais, ne saurait être accaparée au seul profit d'un modèle agrochimique à bout de souffle. « Les agriculteurs » ? Lesquels, exactement ?

Censée défendre le monde paysan, le projet de loi met tout le monde dans le même sac, petites exploitations familiales ou géants agro-industriels. Le résultat passe à côté des vraies urgences que sont les revenus en chute libre, l’endettement structurel, les fermes qui disparaissent, le renouvellement des générations en panne, autant de sujets largement absents du texte.

Texte qui acte aussi un recul inquiétant sur la protection des riverains face aux pesticides. Pire, il ouvre la porte à des poursuites contre les associations et collectifs citoyens qui contestent certains projets, envoyant un signal alarmant pour la démocratie locale. Pas de souveraineté sans écologie Il n'existe pas de souveraineté agricole sans eau propre, sans sols vivants, sans biodiversité préservée ni respect des productions. Opposer agriculture et écologie est une impasse politique, économique, et climatique. Défendre vraiment les agriculteurs, c'est construire avec eux un modèle durable, juste et démocratique. 

Chez Place publique, nous voulons :

  • Réduire massivement les intrants chimiques et soutenir les alternatives durables pour rendre nos fermes plus autonomes, retrouver notre souveraineté ;
  • Faire de l’eau un levier de transition agricole en développant une irrigation sobre, ciblée et conditionnée à la transformation agroécologique des systèmes de production et dans le cadre d’une gouvernance territoriale partagée de la ressource.
  • Réformer la PAC pour soutenir l’emploi et le revenu agricole, l’utilité écologique et l’agriculture familiale, en rompant avec le modèle des aides à l’hectare qui accroît les inégalités de revenus, en soutenant la conversion au bio, en plafonnant les aides ;
  • Faciliter l’accès au foncier pour protéger les terres agricoles et permettre l’installation de nouveaux agriculteurs, inciter la reprise d’exploitations en soutenant la transmission des exploitations agricoles et des activités de pêche entre générations.
  • Garantir le revenu des agriculteurs et mettre fin aux contournements de la loi EGALIM.