10 ans après le Brexit : les limites du repli et l’urgence d’une Europe politique
Il y a dix ans, le 23 juin 2016, le Royaume-Uni faisait le choix de quitter l'Union européenne. Les promoteurs du Brexit promettaient alors de "reprendre le contrôle", de libérer l'économie britannique et de restaurer une souveraineté fantasmée.
Une décennie plus tard, l’heure est au bilan. Celui-ci est sans appel et illustre avec une clarté redoutable les impasses du repli britanique. Le Brexit n'a pas rendu le Royaume-Uni plus fort, il l'a isolé, affaibli et appauvri.
La souveraineté nécessite une masse critique que le Royaume-Uni, seul, n’a pas.
Loin de l'élan économique promis, le Royaume-Uni subit un ralentissement de sa croissance qui est aujourd'hui largement attribué au Brexit.
C’est même un facteur de déstabilisation politique : la récente démission du travailliste Keir Starmer en fait le sixième Premier ministre à quitter Downing Street depuis le référendum de 2016. Si Keir Starmer avait promis une réinitialisation (« reset ») des relations avec l’Union européenne, ses efforts se sont heurtés au mur de la réalité. On ne peut pas quitter la table commune et exiger de continuer à se servir. En refusant de réintégrer le marché unique, l'union douanière, ou de se plier aux règles de la Cour de justice de l'UE, le gouvernement britannique s'est condamné à l'impuissance.
La prétendue "souveraineté" retrouvée s'est transformée en vulnérabilité. Lorsque l'Union européenne déploie des mesures pour protéger son industrie, comme la sidérurgie, face à la concurrence déloyale chinoise, le Royaume-Uni, désormais pays tiers, en subit les dommages collatéraux.
Les entreprises britanniques se retrouvent également exclues de grands projets stratégiques européens, à l'image du programme de défense SAFE, doté de 150 milliards d'euros. Le Royaume-Uni se retrouve exclu des mesures de protection européenne contre les grands empires (US, Chine, Russie) qui menacent.
L’Union européenne, indispensable dans un monde de rapports de force
Nous sommes entrés dans l’ère des empires et des puissances prédatrices. Dans ce monde brutal, les nations européennes, si elles restent isolées, ne sont que des proies. L'actualité nous le rappelle chaque jour. Face à un ordre mondial instable, seule l'échelle continentale est pertinente sur les questions économiques, de défense et de géopolitique.
Face au chantage de Trump, aux agressions des régimes autoritaires, et aux grands blocs économiques, l'Union européenne est notre espace vital de protection et de stabilité. Les dirigeants britanniques eux-mêmes finissent par l'admettre : face à la guerre, aux tensions avec Donald Trump, un rapprochement avec l'Union européenne redevient une évidence à Londres.
Pour un saut fédéral européen
Pour Place publique, nous sommes au milieu du gué.
Le choix n’est pas de se contenter de l’Union telle qu’elle est aujourd’hui ou de revenir au nationalisme. Le vrai choix, c’est de construire une Europe complète et puissante. Nous ne voulons pas d’une Europe qui serait seulement un grand marché. Nous voulons une Europe politique démocratique, qui prend ses propres décisions, qui défend ses valeurs, qui impose des règles pour protéger l’environnement et nos sociétés, et qui permet à chaque nation qui la compose d’assurer sa sécurité. Dix ans après la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, les discours nationalistes n’ont pas tenu leurs promesses.
Pourtant, ils raisonnent encore dangereusement dans toute l’Europe, et notamment en France.
Ne cédons pas à la démagogie nationaliste. Hors de nos frontières, l’Union européenne et ses démocraties libérales deviennent une évidence.
Mark Carney, Premier ministre du Canada, l’annonce déjà : « C'est ma conviction personnelle profonde que l'ordre international sera reconstruit, mais qu'il sera reconstruit à partir de l'Europe ».
Pour une Union plus solidaire, puissante, et écologique, réveillons l’Europe.
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