Le rapport PISA 2025, publié le 8 septembre 2026, confirme le recul des résultats des élèves français.

Le rapport PISA 2025, publié le 8 septembre 2026, confirme le recul des résultats des élèves français.

Sarah Pigeaud
Sarah Pigeaud
CTN et projet
22 sept. 2026

Et comme à chaque publication depuis des années, c’est un brouhaha sans fin : quelles sont les bonnes méthodes pour enseigner les mathématiques ? Doit-on enseigner la lecture dès la maternelle (Comme si on ne le faisait pas déjà)? Est-ce que les profs sont formés de la bonne manière ? Est-ce qu’ils savent faire ? Est-ce qu’on ne fabriquerait pas des “crétins “ * ? Et cette école qui ne sait rien faire, toujours plus mauvaise, toujours plus incompétente… Et le consensus se fait… Les élèves d’aujourd’hui sont mauvais, les enseignants aussi. Emballé c’est pesé! Problème complexe, réponse simple, coupables identifiés ! 

C’est justement à ce titre là aussi que la réponse du ministre est consternante parce qu’elle s’inscrit complètement dans cet état d’esprit. Elle enfonce le clou. Les problèmes relèvent des méthodes d’enseignement. Voilà les solutions proposées par ce énième ministre de l’Education Nationale : manuels labellisés, méthodes imposées comme la pédagogie explicite, objectifs chiffrés, repères de compétences transmis aux familles. 

Tout le monde s’étrangle sur les facultés de lecture des élèves français, mais ces adultes promptes à donner des leçons n’ont même pas été capable de lire le rapport dans son entièreté. 

Depuis des années, le débat sur l'école se referme systématiquement sur les contenus d'enseignement et les méthodes pédagogiques, comme si la solution résidait dans une bonne recette à imposer aux enseignants. 

Or, les résultats internationaux disent absolument l'inverse. Le pays européen le mieux classé au dernier classement PISA est l'Estonie, un pays qui laisse à ses enseignants l'entière liberté de choisir leurs méthodes pédagogiques, à partir d'un cadrage national qui fixe des objectifs sans dicter la manière d'y parvenir. On voudrait faire des enseignants des exécutants de méthodes imposées, alors qu’ils sont meilleurs lorsqu’on leur attribue l’ingénierie pédagogique. 

Parler méthode, c'est parler à coût nul, ou presque. C'est aussi, du point de vue des enseignants, une manière de leur dire une nouvelle fois, en creux, qu'ils s'y prennent mal. Or les enseignants sont épuisés qu'on leur explique sans cesse comment ils devraient faire leur métier, avec le sous-entendu permanent qu'ils ne font pas ce qu'il faudrait. Est-ce que le ministre des Transports explique à un conducteur de train comment manœuvrer son véhicule ? Une ministre de la Santé expliquerait-elle à une infirmière comment réaliser un geste médical ? Non. Ce parallèle devrait suffire à nous faire réfléchir sur la place que nous accordons, en France, à l'expertise professionnelle des enseignants. 

Mais alors pourquoi fait-on cela ? 

Si les responsables politiques de droite s'obstinent à ramener chaque crise scolaire à une question de méthode c’est parce que cela permet de ne pas parler et d’éviter d'avoir à affronter les problèmes structurels qui pèsent réellement sur l'école. 

Le rapport PISA en pointe plusieurs d’ailleurs : 45 % des élèves sont scolarisés dans un établissement en sous-effectif d'enseignants, les locaux se dégradent, l'engagement des parents recule, et l'institution elle-même souffre d'une instabilité ministérielle chronique. Voilà les vrais problèmes. Et pour y répondre, les vrais leviers ont un point commun : ils coûtent cher, et ils obligeraient à investir massivement dans l'École; Il s’agit de sauver l'école publique avant toute chose plutôt qu'à réformer les pratiques de classe à moindre frais. 

*Jean Paul Brighelli, 2005


Tribune écrite par Sarah Pigeaud.