Loi anti-fast fashion : le gouvernement manque encore de courage.
Aujourd’hui, lundi 29 juin au Sénat, la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile est examinée, pour la dernière fois.
Depuis plusieurs années, la fast fashion est devenue le symbole d’une industrie mortifère au sein d'un modèle économique à bout de souffle. L'un des secteurs les plus polluants au monde, la production de vêtements à bas coût, renouvelés à un rythme effréné, entraîne une explosion des émissions de gaz à effet de serre, une consommation massive de ressources naturelles, des atteintes aux droits des travailleurs et une accumulation de déchets textiles.
Alors que le secteur textile représente près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, en France, le nombre de vêtements mis sur le marché est passé de 2,3 milliards en 2010 à 3,2 milliards en 2023. Nouvelle illustration s’il en fallait d’une surconsommation incompatible avec les objectifs de la révolution écologique que nous devons mener.
Un texte qui n’est plus à la hauteur de l'urgence
Malheureusement, au fil des négociations, l'ambition initiale a été largement revue à la baisse. Sous prétexte de sécuriser juridiquement le dispositif, le gouvernement et la majorité présidentielle ont choisi d'en restreindre le champ d'application aux seuls géants asiatiques de l'ultra fast fashion, comme Shein ou Temu.
Les grandes marques européennes et françaises - Zara, H&M, Kiabi entre autres - sont ainsi épargnées, alors qu'elles alimentent elles aussi la surproduction textile et l'obsolescence accélérée des vêtements. Une occasion manquée. Concrètement, le texte prévoit deux leviers principaux. D'abord, un malus financier progressif : renforcé en commission par un amendement gouvernemental, il pourra atteindre 20 euros par pièce d'ici 2030, dans la limite de 50 % du prix hors taxe.
Ensuite, les plateformes d'ultra fast fashion seront tenues d'afficher sur leurs sites des messages promouvant la sobriété, le réemploi et la réparation. Enfin, le texte interdit toute publicité pour ces marques, y compris via les influenceurs. Or, le risque de contournement de ces critères est élevé.
Résultat : on s'attaque aux symptômes, mais pas à la cause
Pour Place publique, la transition écologique ne se fera pas en ménageant les intérêts des géants de la mode jetable.
Nous avons besoin d'une régulation qui s'applique à l'ensemble du secteur, qui responsabilise tous les acteurs à hauteur de leur impact environnemental et soutienne l’émergence d’une véritable filière textile durable, européenne et circulaire.
Nous avions déjà remporté une première victoire : portée par notre engagement et la pétition « Agissez contre Shein et les ravages de la fast fashion ! », une enquête européenne avait été ouverte contre Shein pour non-respect des règles de protection des consommateurs.
Mais face à l'urgence climatique, encadrer les excès du marché ne suffit plus, il faut les réguler. La France a aujourd'hui l'occasion d'ouvrir la voie en Europe.
Encore faut-il trouver le courage politique d'aller jusqu'au bout.
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