Dimanche 31 mars

Pas de trêve pour la solidarité !

Aujourd’hui, dimanche 31 mars, c’est la fin de la trêve hivernale.

Des situations aussi précaires qu’indignes se profilent :

  • La fermeture de plusieurs milliers de places d’hébergements d’urgence en France.
  • La remise sèche à la rue de personnes isolées et en détresse.
  • La reprise des expulsions dans le parc privé et social. Des familles entières et des personnes seules, vulnérables, âgées, qui basculent de facto dans une précarité encore plus grande.

Ces personnes, remises à la rue, s’ajoutent à toutes celles qui y sont déjà : sans domicile fixe, personnes en exil, Roms... Elles sont condamnées par l’irresponsabilité des États à être éloignées de leurs droits à la salubrité, à la dignité, à l’accompagnement professionnel. Seul recours : la bonne volonté de bénévoles (régulièrement non formés) épuisés par l’ampleur de la tâche - elle-même trop souvent sabotée par des forces de police qui déchirent les tentes de fortune et les précieux papiers et objets qu’y ont laissé celles et ceux qui sont forcés d’y vivre.

Rappelons qu’à l'échelle de l’Europe, 128 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et 11 millions sont privées de logement !
Des millions de visages sur lesquels on peut lire l’angoisse de ne pas savoir où dormir, la crainte de se faire agresser ou violer, la souffrance, la honte, la peur de perdre sa dignité. Cette situation nous concerne toutes et tous. Elle peut toucher chacune et chacun d’entre nous : une rupture familiale, une précarisation brutale liée à la perte d'un emploi, un cumul de fragilités physiques, psychologiques…

L’Europe de la dignité, c’est d’abord un toit pour toutes et tous. En accord avec ses valeurs fondatrices, l’Union européenne doit défendre une véritable inconditionnalité de l’accueil et de l’hébergement, faire appliquer le droit au logement universel inscrit dans le socle européen des droits sociaux, et ne pas se satisfaire des faibles efforts des États : il faut donc légiférer à échelle européenne et condamner les États qui ne remplissent pas leur devoir.

La complexité des solutions à mettre en œuvre requiert un courage politique qui fait malheureusement défaut. De toute urgence, il faut prévenir ces spirales infernales et en extraire celles et ceux qui en sont captifs. À très court terme, quelques décisions simples se situent pourtant à notre portée :

  • Récupérer le parc immobilier vacant pour y loger les personnes à la rue.
  • Construire les logements nécessaires au développement de parcours résidentiels dans les territoires sous-dotés, mettre en oeuvre prioritairement la politique du Logement d’Abord, et ouvrir des centres d’hébergement inconditionnel en nombre suffisant pour mettre à l’abri en attendant le déploiement d’un accès direct au logement.
  • Régulariser les familles vivant dans des hôtels utilisés pour l’hébergement d’urgence, travaillant en France depuis plusieurs années, dont les enfants sont scolarisés, et dont chacun sait qu’elles ne quitteront plus l’Hexagone. Il est urgent de les sortir de cette zone de non-droit.
  • Structurer, financer l’offre d’accompagnement médical et psychiatrique (actuellement sinistrée) et l’adapter aux personnes à la rue.

Ces considérations engagent au premier chef le gouvernement, responsable en matière d’hébergement et de santé, mais aussi acteur de la politique migratoire européenne qui martèle une indigne et fausse théorie de l’« appel d’air » pour retarder l’accès à la dignité des individus qui fuient la persécution, la guerre et la misère.

Face à tant d’inaction et de violence faite aux personnes - et donc à la société dans son ensemble -, Place publique s’engage à :

  • Interdire les expulsions sans solution de relogement et mettre en place des dispositifs solides pour assister les propriétaires et les dédommager sans qu’ils aient à passer par la case inhumaine de l’expulsion sèche.
  • Exhorter nos maires à identifier des sites pouvant être transformés temporairement ou de manière pérenne en centres d’hébergement. L’État n’a pas d’excuse et se doit de financer ces aménagements.
  • Remettre en place l’encadrement des loyers dans les grandes villes.
  • Encadrer avec rigueur et fermeté les locations touristiques qui bloquent un parc immobilier devant être prioritairement accessible aux locataires permanents : limiter drastiquement leur nombre et taxer les propriétaires qui le pratiquent afin de financer une partie du logement social.
  • Exiger du gouvernement la publication du nombre de places ouvertes par commune au cours des cinq dernières années : combien de places à Saint-Denis, combien de places à Neuilly ? L’État n’a pas d’excuse face à la distribution équitable de l’hébergement pour les personnes vulnérables.
  • Impliquer, par un processus de démocratie participative qualitatif, les personnes en situation d’exclusion dans la conception et la mise en œuvre des politiques de solidarité.
  • Soutenir activement les réseaux d’aide alimentaire, de soutien juridique, de distribution de première nécessité. Tous les sans-abris, d’où qu’ils viennent, doivent y accéder !
  • Empêcher la sanctuarisation de l’aide alimentaire : le fonds européen d’aide aux plus démunis se voit menacé d’une division de moitié dans le cadre du prochain budget pluriannuel européen. L’Europe n’a pas d’excuse : elle doit soutenir ses citoyens.
  • Étendre les pouvoirs du médiateur européen, dont le champ d’action est aujourd’hui insuffisant. Plus d’excuse : l’Union européenne doit respecter pleinement les valeurs humanistes, solidaires et fraternelles qui ont présidé à sa construction.
  • Généraliser les « Nuits de la Solidarité » initiées contre vents et marées par la Ville de Paris l’an dernier, et aujourd’hui en voie de diffusion à Grenoble, à Rennes, et prochainement dans de nombreuses métropoles. Le faire en alliant l’engagement des habitants, des professionnels et des élus, c’est créer une dynamique voire un rapport de force pour accélérer l’action commune. Les élus locaux n’ont pas d’excuse : ils doivent appliquer les mesures nécessaires à l’éradication de la plus grande détresse.

Plus d’excuse : nous devons agir dès à présent, sans reporter à l’hiver prochain la mise en place d’une véritable politique de solidarité engageant les acteurs publics et les citoyens qui assument de prendre leurs responsabilités.

Judith Aquien, porteuse de cause Hospitalité à Place Publique, Alex Mahfoudi, activiste écologiste et social et Marine Mazel, porteuse de cause Précarité à Place Publique