Lundi 8 avril

Journée internationale des Roms : Place publique soutient la lutte contre l’antitziganisme

Abjecte chasse aux sorcières ! Fin mars, des personnes roms ont été lynchées en banlieue parisienne. La cause : une série de fake news répandues à leur encontre. Cette annonce devrait nous scandaliser ; hélas, elle est devenue tristement banale tant, dans l’imaginaire collectif, ces populations représentent une marginalité menaçante. De fait, elle n’est qu’une répétition des persécutions que l’on fait subir à cette communauté depuis le Moyen Âge. L’Europe a peu évolué sur cette question malgré les efforts du Conseil de l’Europe.

Dans la nuit de lundi 25 à mardi 26 mars en Seine-Saint-Denis, une vingtaine de personnes enragées à cause de fake news, ont agressé des personnes innocentes, brûlé leurs voitures, leurs biens, mettant en danger leurs enfants. Mais combien ont partagé l’intox selon laquelle des Roms enlèveraient des enfants ? Combien n’ont pas combattu cette rumeur absurde ?
Déjà stigmatisées et cibles de malveillantes rumeurs séculaires, les personnes roms ou perçues comme telles, de même que d’autres minorités, sont la cible de fake news qui se répandent aujourd’hui à une vitesse éclair sur les réseaux sociaux et qui ont un effet de plus en plus nocif dans notre société. Les mots tuent, il faut en prendre conscience. Des quantités innombrables de messages haineux circulent sur la toile avec une modération insuffisante des plateformes internet. Injures racistes. Injonctions à la violence. Exhortations au meurtre à l’encontre de ces populations. Est-il normal que plus de 16 millions de contenus racistes contre les Roms puissent être dénombrés sur les réseaux à la suite de rumeurs infondées, sans modération ?

L’information de leur lynchage n’a fait que peu de bruit en revanche. Serait-ce moins grave car les victimes sont issues des populations roms ? La romaphobie (ou antitziganisme) est ordinaire en France et dans de nombreux autres pays européens comme en Italie, en Roumanie ou en Hongrie. Nous devons combattre cela ! La liberté d’expression ne peut pas être dévoyée de la sorte et servir d’étendard aux discours de haine et d’incitation à la violence à l’encontre de minorités. Les pays européens doivent laisser une place aux populations roms dans la société européenne. Ils sont européens, de tout pays, depuis bien avant le Moyen Âge or on ne reconnaît qu’à demi-mot les discriminations sans nom et les persécutions qu’on leur a fait endurer dans les camps de concentration nazis, mais également bien avant.

La marginalisation des populations roms en France depuis des années a aujourd'hui des effets concrets : le droit à la scolarité des enfants roms est de plus en plus souvent bafoué. Et quand ça n'est pas le cas, il suffit qu'on laisse se propager la rumeur pour que ce lien ténu avec le système républicain se rompe. Dans les bidonvilles où vivent les familles victimes des violences et des menaces du mois de mars, de nombreux enfants ont cessé d’aller à l’école, par peur de s’éloigner de chez eux. Cette dégradation récente s’ajoute à la situation déjà très critique de la scolarisation : ce droit supposément applicable à tous les enfants de France quelle que soit leur origine est régulièrement entravé. Et même détruit par des expulsions répétitives. Les rapports de l’Unicef ou du collectif Romeurope l’ont documenté depuis plusieurs années. L’accès à la santé est également problématique pour cette communauté que la précarité conduit à avoir d’autres priorités (avoir un toit, de quoi manger) que de voir un médecin, et qui peut subir parfois du refus de soins chez des professionnels que la différence et la grande pauvreté rebutent. Sans oublier que certaines femmes ont été stérilisées de force dans certains pays européens il n’y a pas si longtemps de cela.

Ce constat révoltant n’est pas inaltérable. La stratégie espagnole d’intégration des Roms de 2012 a permis à de nombreuses personnes de cette communauté d’avoir des niveaux socio-économiques hauts ou moyens et sont pleinement intégrés dans la société. Ces stratégies nationales d’intégration des populations Roms, présentes dans tous les pays de l’Union sauf Malte, sous l’impulsion de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe, sont pourtant bien en-deçà des enjeux.

Aujourd’hui, lundi 8 avril, journée internationale des Roms, afin de lutter contre les stigmatisations à l’encontre des populations roms ou perçues comme telles, Place publique :

  • condamne fermement l’antitziganisme dans toutes ses formes : exclusion, stigmatisations, persécutions, violences, menaces.
  • invite l’État français et l’Union européenne à condamner et à sanctionner avec fermeté toute manifestation d’antitziganisme.
  • encourage les États européens à mettre en oeuvre des politiques volontaristes en matière de lutte contre la précarité, de résorption des bidonvilles, et d’accès au droit commun de l’éducation et de la santé, pour faciliter l’inclusion des personnes et lutter contre leur stigmatisation.
  • incite chaque commune à agir à son échelle en rendant possible l’accès à l’éducation, en ouvrant systématiquement ses écoles aux enfants vivant aujourd’hui en bidonvilles. À ce titre, le travail remarquable mené par Véronique Decker à Bobigny ou par Jane Bouvier à Marseille peuvent servir de modèles
  • proposera de radicaliser la régulation des contenus et la condamnation des propos haineux, discriminants et racistes sur les réseaux sociaux. Les dirigeants des réseaux sociaux doivent agir. Les lois doivent davantage les y inciter, de façon ferme et intransigeante.

À Place publique, le combat pour la défense des droits fondamentaux est une priorité.
Agissons ensemble pour combattre toute forme de stigmatisation et luttons en faveur de l’inclusion de toutes et tous !

Mehdi Bouteghmès, Conseiller Municipal de La Courneuve