Gilets jaunes et pétro-impasse.

Malaise et drame. 120 000 gilets jaunes sont mobilisés aujourd’hui, une femme a perdu la vie, des dizaines de personnes sont blessées. La classe politique tâtonne entre déni, mépris, instrumentalisation et récupération, les syndicats sont pris de court, notre démocratie est secouée mais reste tétanisée.
Et dans le boucan général des commentateurs qui défilent sur les plateaux de télévision, on semble plus intéressé par le coupable à accabler que par deux questions pourtant fondamentales : comment concilier écologie et justice sociale ? Et comment susciter l’adhésion aux changements structurels radicaux que nous devons opérer, forcément main dans la main, avant que le dérèglement climatique ne soit irréversible ?

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Écologie : le compte à rebours est lancé

Les climatologues nous mettent au pied du mur : si nous souhaitons demeurer sous la barre de 1,5°C d’augmentation de la température globale par rapport à l’ère pré-industrielle, il faut réduire de moitié nos émissions de carbone d’ici à 2030. Cela induit une révolution copernicienne de nos modes de production, de consommation et de pensée. 15 000 scientifiques nous ont alertés : « bientôt, il sera trop tard » pour sauver la biodiversité, les écosystèmes, le climat et les humains. Chaque demi-degré compte. Si nous dépassons le seuil de 2°C, les climatologues parlent d’effondrement… Les plus vulnérables d’entre nous seront touchés les premiers. Leur mise en garde écrase tout le reste. Rien de ce qui nous est cher aujourd’hui – notre liberté, nos liens affectifs, la nature, notre qualité de vie, notre sécurité – ne pourra plus être garanti dans un monde dont les piliers environnementaux s’effondrent. Cela nous dicte un impératif catégorique : celui d’essayer tout ce qui est en notre pouvoir pour infléchir cette perspective de misères humaines aggravées. Pour y parvenir, nous devons opérer des changements structurels et systémiques profonds. Nous devons changer de matrice mentale et politique et nous reconnecter à la nature pour rechercher une prospérité moins dépendante de l’injonction de la croissance économique. Nous devons vivre chaque instant en gardant à l’esprit un impératif : désamorcer la bombe à retardement du dérèglement climatique planétaire.

Olivier Dubuquoy

Olivier Dubuquoy

Né en 1974, Olivier Dubuquoy est un géographe et un militant.

Sa cause : Olivier Dubuquoy est engagé sur différentes luttes écologiques et sociales, il est le fondateur du mouvement citoyen Nation Océan et de l'association ZEA de protection de l'Océan et du climat.

Son action : Olivier Dubuquoy défend les communs, l'Océan, l'eau, le climat... en luttant contre l'accaparement des mers et des océans par les états et les industriels, contre la prédation des ressources, et les pollutions qui accroissent les inégalités et la disparition du vivant. Il a notamment bloqué des projets pétroliers et gaziers, obtenu des moratoires contre l'exploitation des énergies fossiles en mer et mène la lutte contre les pollutions de boues rouges. Il est engagé sur des initiatives citoyennes et de recherche portant sur la démocratie et la science participative.

Claire Nouvian

Claire Nouvian

Claire Nouvian est née à Bordeaux en 1974. Elle a grandi en Algérie, à Paris et à Hong Kong. Claire a travaillé plus de dix ans dans les médias, en presse écrite puis dans la production audiovisuelle. Pour les documentaires qu’elle produisait, Claire a parcouru le globe et vu de près les victimes du capitalisme dérégulé et impuni qui valorise une nature morte plutôt que vivante et n’hésite pas à sacrifier la terre et les hommes. Elle a rencontré les chercheurs et les associations qui luttaient contre la destruction des habitats naturels, les ravages de la pollution, les espèces menacées de disparition et la misère humaine. Quand elle a découvert que des chalutiers industriels anéantissaient la faune fragile des abysses sans être inquiétés, elle a forgé le vœu de mettre fin au massacre de cette dernière « frontière » sauvage et a franchi le cap de l’engagement. Claire Nouvian a été récompensée par de nombreux prix. Dès 2007, le magazine Géo l’avait qualifiée d’« ange gardien de la planète ». En avril 2018, Claire a reçu le Prix Goldman pour l’environnement, considéré comme la plus haute distinction existant en écologie. Depuis 2014, Claire a rejoint le premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux en étant nommée « Ashoka Fellow ».

Sa cause : L’océan et les humains qui en vivent, la défense de tous les milieux naturels, la lutte contre les subventions perverses qui alimentent la destruction des ressources naturelles et des emplois au niveau mondial. A force d’œuvrer pour influencer les politiques publiques et privées, Claire a pris conscience de l’étendue de la corruption dans les milieux politiques et économiques. Le champ de son combat s’est élargi de façon à réhabiliter la probité dans la pratique politique, en militant notamment pour une transparence accrue dans les décisions publiques.

Son action : Claire Nouvian a fondé l’association BLOOM à la fin de 2004, initialement pour lutter contre la pêche en eaux profondes. En 2016, après une guerre acharnée contre les lobbies de la pêche industrielle, BLOOM a gagné l’interdiction du chalutage en eaux profondes en Europe. Pendant que la petite équipe de BLOOM se battait pied à pied pour arracher cette victoire, la Commission européenne autorisait une méthode de pêche interdite : la pêche électrique. Aujourd’hui, Claire et BLOOM font face à une violente campagne de diffamation organisés par les puissants lobbies néerlandais de la pêche industrielle, mais comme pour la pêche en eaux profondes, pas question de céder et d’accepter l’électrocution de la vie marine. Claire Nouvian a été récompensée par de nombreux prix. Dès 2007, le magazine Géo l’avait qualifiée d’« ange gardien de la planète ». En avril 2018, Claire a reçu le Prix Goldman pour l’environnement, considéré comme la plus haute distinction existant en écologie. Depuis 2014, Claire a rejoint le premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux en étant nommée « Ashoka Fellow ».

Charles Braine

Charles Braine

Né en 1980, Charles Braine est ingénieur halieute et titulaire du Capitaine 200. Après avoir travaillé dans toute la filière pêche (centre de formation, mareyage, bureau d'études), il intègre WWF-France sur le programme pêche durable.
En 2011, il devient marin pêcheur pour expérimenter une nouvelle approche du métier. Ensuite directeur de l'association de protection de la nature Bretagne Vivante, il est désormais consultant sur les questions de pêche et d'environnement.

Sa cause : La mise en place d'une réelle pêche durable. La pêche est un laboratoire des enjeux d'aujourd'hui : conjuguer maximisation des emplois, efficacité économique des entreprises et préservation de l'environnement marin face à une ressource renouvelable limitée par nature.

Son action : En 2012, il crée avec d'autres marins pêcheurs, la Plateforme Petite Pêche, association qui vise à défendre et promouvoir une pêche à échelle humaine dans la bande côtière conjuguant environnement, économie et préoccupation des femmes et des hommes qui la pratiquent. Impliqué dans plusieurs structures associatives, il poursuit l'objectif de la mise en place de la transition écologique de la pêche professionnelle en France et en Europe.