Gilets jaunes et pétro-impasse.

Malaise et drame. 120 000 gilets jaunes sont mobilisés aujourd’hui, une femme a perdu la vie, des dizaines de personnes sont blessées. La classe politique tâtonne entre déni, mépris, instrumentalisation et récupération, les syndicats sont pris de court, notre démocratie est secouée mais reste tétanisée.
Et dans le boucan général des commentateurs qui défilent sur les plateaux de télévision, on semble plus intéressé par le coupable à accabler que par deux questions pourtant fondamentales : comment concilier écologie et justice sociale ? Et comment susciter l’adhésion aux changements structurels radicaux que nous devons opérer, forcément main dans la main, avant que le dérèglement climatique ne soit irréversible ?

Lire la tribune

Écologie : le compte à rebours est lancé

Les climatologues nous mettent au pied du mur : si nous souhaitons demeurer sous la barre de 1,5°C d’augmentation de la température globale par rapport à l’ère pré-industrielle, il faut réduire de moitié nos émissions de carbone d’ici à 2030. Cela induit une révolution copernicienne de nos modes de production, de consommation et de pensée. 15 000 scientifiques nous ont alertés : « bientôt, il sera trop tard » pour sauver la biodiversité, les écosystèmes, le climat et les humains. Chaque demi-degré compte. Si nous dépassons le seuil de 2°C, les climatologues parlent d’effondrement… Les plus vulnérables d’entre nous seront touchés les premiers. Leur mise en garde écrase tout le reste. Rien de ce qui nous est cher aujourd’hui – notre liberté, nos liens affectifs, la nature, notre qualité de vie, notre sécurité – ne pourra plus être garanti dans un monde dont les piliers environnementaux s’effondrent. Cela nous dicte un impératif catégorique : celui d’essayer tout ce qui est en notre pouvoir pour infléchir cette perspective de misères humaines aggravées. Pour y parvenir, nous devons opérer des changements structurels et systémiques profonds. Nous devons changer de matrice mentale et politique et nous reconnecter à la nature pour rechercher une prospérité moins dépendante de l’injonction de la croissance économique. Nous devons vivre chaque instant en gardant à l’esprit un impératif : désamorcer la bombe à retardement du dérèglement climatique planétaire.

Charles Braine

Charles Braine

Né en 1980, Charles Braine est ingénieur halieute et titulaire du Capitaine 200. Après avoir travaillé dans toute la filière pêche (centre de formation, mareyage, bureau d'études), il intègre WWF-France sur le programme pêche durable.
En 2011, il devient marin pêcheur pour expérimenter une nouvelle approche du métier. Ensuite directeur de l'association de protection de la nature Bretagne Vivante, il est désormais consultant sur les questions de pêche et d'environnement.

Sa cause : La mise en place d'une réelle pêche durable. La pêche est un laboratoire des enjeux d'aujourd'hui : conjuguer maximisation des emplois, efficacité économique des entreprises et préservation de l'environnement marin face à une ressource renouvelable limitée par nature.

Son action : En 2012, il crée avec d'autres marins pêcheurs, la Plateforme Petite Pêche, association qui vise à défendre et promouvoir une pêche à échelle humaine dans la bande côtière conjuguant environnement, économie et préoccupation des femmes et des hommes qui la pratiquent. Impliqué dans plusieurs structures associatives, il poursuit l'objectif de la mise en place de la transition écologique de la pêche professionnelle en France et en Europe.